LES ARTISTES ITALIENS AU SERVICE DE LA PROPAGANDE FASCISTE. LES DONS D'ŒUVRES ITALIENNES AUX MUSÉES FRANÇAIS (1932-1936)

LES ITALIENS DE PARIS

En janvier 1928, les peintres Mario Tozzi et René Paresce organisèrent à la Comédie des Champs-Elysées la première exposition des Italiens de Paris (Les artistes italiens de Paris, 3 février – 2 mars 1928), qui réunit, outre leurs propres toiles, celles de Campigli, De Pisis, Severini, des sculptures de Giacometti, etc. Cette exposition participa en réalité d’une stratégie plus large, et le vernissage, en présence de l’Ambassadeur d’Italie et du Directeur des Beaux-Arts, Paul Léon, eut toutes les apparence d’un événement diplomatique. Dans La Semaine de Paris (13 février 1928), Tozzi exposa les attentes de l’Italie : « Que sait-on en France de l’art de l’Italie nouvelle ? Que sait-on des énergies qui y jaillissent plus nombreuses chaque jour ? Rien ou presque rien. La légende suivant laquelle il n’existe pas d’art moderne en Italie est profondément enracinée ici. Nous nous sommes donné pour tâche de la discréditer (….). Nous sommes désireux de faire savoir qu’en ce moment l’art italien, lui aussi, est en marche. »

L’offensive que mena à partir de cette date ce groupe d’artistes actifs dans la capitale française, bientôt rejoints par De Chirico, se développa selon deux axes.

Dans un avant-propos à une exposition, L’art italien moderne, inaugurée à la galerie Bonaparte à Paris le 30 décembre 1929, Tozzi expliquait ainsi que si le futurisme n’était représenté que par San’t Elia et Prampolini, c’était parce que le réveil du sentiment national provoqué par la victoire et la révolution fasciste avait rendu « stérile » ce mouvement qui « échappait complètement à la tradition ethnique ». A l’inverse, les membres du Novecento, tels Sironi, Funi, Marussig et Borra, se voyaient reprocher leur « traditionalisme » : avec Severini, De Chirico, De Pisis, Campigli et Tozzi lui-même, l’art italien était revenu à sa véritable tradition qui allait de Giotto à Uccello et Masaccio, mais « avec un esprit hautement dynamique et moderne ». Cette position rappelle celle de Carrà. Mais à la différence de ce dernier, les Italiens de Paris entendent affirmer les valeurs de la culture italienne à Paris même, c’est-à-dire sur la scène européenne. En accord sur ce point avec la nouvelle politique internationale de Mussolini, ils bénéficièrent du soutien des autorités fascistes. Mario Tozzi, qui était membre du Comité France-Italie, joua en fait un rôle d’intermédiaire entre l’appareil fasciste et la scène artistique parisienne.

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