LES ARTISTES ITALIENS AU SERVICE DE LA PROPAGANDE FASCISTE. LES DONS D'ŒUVRES ITALIENNES AUX MUSÉES FRANÇAIS (1932-1936)

FUTURISTES ET AEROFUTURISTES

Les futuristes

Emilio Gentile à propos des relations entre futurisme et fascisme.

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Si Marinetti, après avoir contribué à l’arrivée au pouvoir de Mussolini, s’éloigna de ce dernier en 1920, à partir de 1924, les futuristes s’intègrent progressivement dans l’appareil fasciste tout en continuant à faire entendre leur voix. Cette année-là, Marinetti et Carli proposent ainsi la reconversion des artistes d’avant-garde en animateurs des fêtes du régime, « leur génie novateur étant une source d’optimisme indispensable à la santé de la patrie. »* A la Biennale de Venise suivante, invités par l’URSS, ils montrent entre autres les « synthèses » de Prampolini et La Révolution continue de Fillia**. Ils jouent un rôle majeur lors de l’Exposition de la Révolution fasciste (Rome, 1932).

En 1928, Marinetti est nommé Secrétaire du Syndicats des Auteurs et Ecrivains. L’année suivante, il devient membre de l’Académie royale d’Italie (créée en 1926). Il joua un rôle important dans la propagande fasciste en France, notamment comme membre du Comité France Italie.

En 1943, il rallia la République de Salo.

Les aérofuturistes

Du 2 au 16 mars 1932, la galerie parisienne La Renaissance, que dirigeait Mme Pomaret, l’épouse d’un proche de Laval, Charles Pomaret, accueillit une exposition intitulée Enrico Prampolini et les aéropeintres futuristes italiens. Elle comprenait cinq toiles appartenant à Emanuele Sarmiento, qui était à lui seul « le comité exécutif » : il s’agissait du Scaphandrier des nuages de Prampolini et de L’Homme et la femme en plein ciel de Fillia, deux toiles que Sarmiento, devenu le délégué à la propagande du Comité France-Italie, allait donner à la Ville de Grenoble en 1933, des Bulles de savon de Russolo et du Grand X de Benedetta, qu’il allait offrir à la Ville de Paris suite à l’exposition d’art italien moderne et ancien de 1935, et enfin d’une gouache de Severini (titre non précisé). La liste des membres du comité d’honneur de cette exposition – Giuseppe Bottai, ministre des Corporations, Emilio Bodrero, président de la Confédération des Intellectuels, Cipriano E. Oppo, secrétaire général du syndicat des artistes – rappelle le rôle de l’appareil fasciste dans ce dispositif. La présence en particulier dans ce comité du ministre de l’Air, Italo Balbo, donnait tout leur sens aux tableaux.

Le catalogue publié à cette occasion reproduisait Le Manifeste de l’Aéropeinture (1929) signé par Benedetta, Depero, Gerardo Dottori, Fillia, Marinetti, Somenzi, Tato et Prampolini, texte que Comœdia avait réédité en février 1931. Hommage était rendu au peintre et aviateur futuriste Azari, qui avait exposé la première œuvre d’aéropeinture à la Biennale de Venise de 1926, ainsi qu’à Gerardo Dottori qui en 1929 avait orné l’aéroport d’Ostia d’une « décoration aviatrice futuriste : impérieux élan d’aéroplanes dans le ciel de Rome avec hélices, fuselages, ailes transfigurées synthétisées et ramenés (sic) à des éléments plastiques typiques ». Avec les Perspectives de vol d’Azari les décorations de Dottori et les aéropeintures de Benedetta, Fillia, Prampolini, Tato, etc. s’annonçait « une nouvelle spiritualité plastique extra-terrestre ».

Les aéropeintres

Oeuvres de Dottori : http://www.gerardodottori.net/index.php/Immagini-casuali/Opere.html

Les toiles données aux musées français jouent sur un registre irénique. Mais un passage saisissant du manifeste de l’aéropeinture évoque sans masque la violence sociale qui fondait cette « nouvelle spiritualité ».

* « Dichiarazioni del congresso futurista », Il Popolo d’Italia, 26 novembre 1924, cité dans F. Liffran, Margherita Sarfatti. L’égérie du Duce. Biographie, Paris, Seuil, 2009, p. 454.

** Ibid.

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