LES ARTISTES ITALIENS AU SERVICE DE LA PROPAGANDE FASCISTE. LES DONS D'ŒUVRES ITALIENNES AUX MUSÉES FRANÇAIS (1932-1936)

Galerie Georges Bernheim

22 artistes italiens modernes (galerie Georges Bernheim, 4- 19 mars 1932)

La presque totalité des toiles qui allaient être exposées au Jeu de Paume en 1932 furent acquises à l’occasion d’une exposition présentée à la galerie parisienne Georges Bernheim, 22 artistes italiens modernes, qui se tint du 4 au 19 mars 1932. Elles furent aussitôt attribuées au musée (première mention juillet 1932). Figurent parmi les membres du Comité d’honneur de cette exposition non seulement l’industriel Carlo Frua de Angeli, mais aussi  quelques-unes des figures les plus impliquées dans la diffusion de l’art italien moderne à Paris, comme la Princesse de Bassiano, G. D. Carraro, l’un des vice-présidents du Comité France Italie, T. Nicolini, vice-président de la Chambre de commerce italienne, et Antonio Aniante, qui dirigeait alors la galerie Jeune Europe, à Montparnasse et allait bientôt se révéler un zélé propagandiste du fascisme italien. Le galeriste milanais E. Barbaroux joua également un rôle important dans l’organisation de cette manifestation.

Dans sa préface au catalogue de cette exposition, le critique français d’origine polonaise Waldemar George, qui exprimait de plus en plus ouvertement sa sympathie pour le fascisme italien, met en avant le groupe des Italiens de Paris, composé principalement de Giorgio De Chirico, Mario Tozzi, Filippo De Pisis et Severini, auxquels est associé ici Carlo Carrà, en tant que représentant de la peinture métaphysique, et les présente comme une nouvelle avant-garde européenne :

«  Si italiens soit-ils (sic), ces peintres prouvent péremptoirement que l’art italien représente un subtil trait d’union entre l’esprit de la Méditerranée et l’esprit européen tout court. Si l’art italien a été pendant une couple de siècles la source commune de l’art occidental, c’est qu’il avait transgressé les limites d’un idiome exclusivement latin. Les peintres que je viens de citer sont, non seulement des brasseurs d’abstractions, des pêcheurs d’ombres, des savants somnambules. Leur irréalisme n’est pas seulement une forme d’évasion et de compensation, une fente étroite par laquelle nos chimères, nos dieux lares, nos démons familiers, expulsés par le matérialisme, réintègrent le bercail. Ce sont les frères ennemis des peintres du Nord, leur art prouve une fois de plus, que romanité ou italianité sont synonymes d’universalité. »

Waldemar George lance ainsi un mot d’ordre qui n’allait cesser de gagner en importance pendant les trois années à venir : ces slogans, Europe méditerranéenne, universalité de Rome, relaient en effet directement la propagande mussolinienne. Au mot d’ordre du repli sur « l’italianité », que le Duce, soucieux de ne pas s’aliéner les grandes puissances en manifestant des ambitions d’expansion, avait jusque-là privilégié, succède à présent celui de Rome centre d’une « Europe nouvelle » : une Anti-Europe fasciste (AntiEuropa), « corporative et antimatérialiste ».


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