LES ARTISTES ITALIENS AU SERVICE DE LA PROPAGANDE FASCISTE. LES DONS D'ŒUVRES ITALIENNES AUX MUSÉES FRANÇAIS (1932-1936)

COMITE FRANCE-ITALIE

Cette organisation paradiplomatique, apparue peu avant la Première Guerre mondiale, resurgit au milieu des années 20, mais ne fut officiellement recréée qu’en 1929. Bien que son nom soit rarement mentionné, elle intervint dans la préparation de presque toutes les manifestations d’art italien ancien et moderne présentées en France à partir de cette date.

L’équivalent italien de cette association, le Comité Italie-France, ne fut créé qu’en 1933. Mais le Comité France-Italie, dont des sections ouvrirent bientôt dans les grandes villes françaises, comprenait nombre d’Italiens, représentants du monde des arts et des lettres, responsables de chambres de commerce, etc. En 1933, l’Ambassadeur d’Italie, le comte Gaetano Manzoni, l’Ambassadeur de France en Italie, le comte Maurice de Beaumarchais, ainsi que le peintre Albert Besnard en étaient les présidents d’honneur. A cette date, son Comité de Direction comprenait des personnalités d’extrême droite comme Pierre de Nolhac, ancien conservateur du Château de Versailles, l’écrivain Abel Bonnard, futur ministre de l’Education nationale sous Vichy, et Eugène Marsan, l’un des critiques littéraires du journal L’Action française.

La composition du Comité, qui réunissait un nombre conséquent de conservateurs de musée ou historiens de l’art, indique que l’une de ses fonctions était de permettre la mobilisation du secteur clé des musées : Pierre de Nolhac, déjà cité, l’historien de l’art Jean-Louis Vaudoyer, le conservateur du musée Rodin, Georges Grappe, et le conservateur du Louvre Paul Jamot, étaient tous proches de l’Action française. L’association était également dotée de diverses commissions, dont une Commission d’histoire de l’art qui au début des années 30 réunissait l’académicien italien Romano Romagnolli, le médiéviste Emile Mâle, Jean-Louis Vaudoyer, François Carnot, qui présidait l’Union centrale des Arts décoratifs, et le critique d’art du Figaro, Camille Mauclair, plus connu pour ses attaques antisémites.

Il faut également signaler l’existence d’une Commission de la presse, où siégeaient par exemple Gabriel Boissy, le rédacteur en chef du quotidien culturel Comœdia, et René Baschet, le directeur de L’Illustration, qui allaient mener campagne en faveur de l’art italien. Une Commission des Lettres réunissait des écrivains de la droite extrême, comme Henry Bordeaux, Pierre Benoist, Abel Bonnard et Eugène Marsan. A la Commission d’histoire siégeaient les Académiciens Georges Goyau, Pierre de La Gorce et Louis Madelin, auteur en 1933, par exemple, d’un ouvrage intitulé Le Consulat et l’Empire où Bonaparte a les traits d’un dictateur idéal – « Au fond, la France n’a jamais demandé que cela ».

A partir de 1930, les annuaires de l’association font également état de la présence dans une Commission des Lettres de Marinetti, devenu membre de l’Académie royale d’Italie, du critique Massimo Bontempelli, l’un des promoteurs du Novecento, ainsi que de Ugo Ojetti, le commissaire italien de l’exposition De Cimabue à Tiepolo présentée au Petit Palais en 1935. Mario Tozzi, mais aussi le sculpteur La Monaca et le peintre Medici del Vascello figurent également parmi les membres italiens du comité.

Dès 1931, le Jeu de Paume accueillit une exposition consacrée à L’Enfer de Dante interprété par le peintre Amos Nattini (21 avril – 10 mai 1931). Elle fut présentée par le sous-secrétariat d’Etat aux Beaux-Arts, le Comité France-Italie et la Société Dante Alighieri à l’occasion de la sortie du premier volume d’une nouvelle édition de La Divine Comédie. Dans sa préface, Pierre de Nolhac saluait « un artiste puissant (…) égaré dans le monde moderne », un pur produit du « génie latin », et le soutien que les arts recevaient en Italie.

La présence d’André Dezarrois dans le Comité France-Italie, vers 1932-1933, montre le développement de l’appareil de propagande qui se mit en place. A cette date, le conservateur du Jeu de Paume siégeait avec le conservateur du Château de Versailles, André Pératé, Camille Mauclair etc. à la « Commission d’histoire de l’art française » de l’organisation.

Le comte Emanuele Sarmiento fut lui-même nommé délégué à la propagande du Comité France-Italie en 1932. Le sénateur Borletti, qui fit don de nombreuses œuvres italiennes à la France en 1935, présidait quant à lui le Comité Italia-Francia.

Comments are closed.

-->