LES ARTISTES ITALIENS AU SERVICE DE LA PROPAGANDE FASCISTE. LES DONS D'ŒUVRES ITALIENNES AUX MUSÉES FRANÇAIS (1932-1936)

Marinetti (1876-1944) et Mussolini : du futurisme au fascisme

Né à Alexandrie, en Egypte, en 1876, Marinetti fit des études de droit à Genève, tout en s’intéressant aux avant-gardes européennes. A la mort de son père, il hérita d’une fortune qui lui permit de voyager et de se consacrer à la poésie.

La révision antimatérialiste du marxisme entreprise par le théoricien français du syndicalisme révolutionnaire, Georges Sorel, qui avait abouti à une critique systématique des Lumières (Les Illusions du progrès, 1908) et à l’idée de la grève générale comme mythe révolutionnaire (Réflexions sur la violence, 1908), eut de fortes répercussions en Italie. S’inspirant du théoricien de l’anarchisme Pierre-Joseph Proudhon, Sorel en appelait désormais à la destruction de la démocratie bourgeoise, d’où devait naître une société composée de petites unités de producteurs, et, contre l’internationalisme marxiste, au rejet d’un cosmopolitisme qui détruisait les structures sociales traditionnelles. Le rapprochement qu’il amorça vers 1908-1909 avec l’Action française conduisit en 1912 à la création du Cercle Proudhon où allaient cohabiter des hommes venus de l’extrême gauche comme Sorel, de plus en plus violemment nationaliste et antisémite, et des représentants de l’extrême droite comme Georges Valois*.

Si le célèbre Manifeste de la poésie futuriste paru dans Le Figaro en février 1909 fait l’éloge de la modernité contre la tradition, il doit aussi beaucoup aux thèses de Sorel sur la violence révolutionnaire. Rixe dans la galerie de Boccioni (1910), Les Funérailles de l’anarchiste Galli de Carrà (1911), etc. jouent sur le même registre. Les spectacles-performances futuristes sont construits sur le modèle du déclenchement d’une émeute.

Vidéo : Emilio Gentile sur la violence futuriste (voir E. Gentile, « La nostra sfida alle stelle ». Futuristi in politica, 2009

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In 1909, Marinetti, qui participe aux campagnes pour le restitution de Trieste à l’Italie, publie un Premier manifeste politique, violemment nationaliste et qui en appelle à la destruction de l’ordre ancien. En 1913, un autre manifeste préconise une politique étrangère agressive, fondée sur la conquête coloniale et le « pan-Italianisme », tout en poursuivant l’éloge du progrès technique et de la vitesse.

Les futuristes, qui voient dans la guerre une promesse de régénération pour l’Italie, sont parmi les premiers à organiser des manifestations militaristes. En 1914, Marinetti, Carrà, Boccioni et Russolo rédigent ainsi le manifeste militariste Synthèse futuriste de la guerre, et multiplient les manifestations. Le 5 octobre, des syndicalistes révolutionnaires comme Filippo Corridoni et Michele Bianchi, qui ont l’appui de Mussolini, forment avec les futuristes un éphémère Faisceau révolutionnaire d’action internationaliste dont le nom annonce les Faisceaux de combat fascistes.

En octobre, Mussolini doit démissionner de sa fonction de directeur du journal socialiste l’Avanti ! Il fonde Il Popolo d’Italia où il va défendre des positions militaristes qui entraînent peu après son exclusion du Parti. Syndicalistes révolutionnaires, anarchistes et collaborateurs du Popolo d’Italia se regroupent avec des nationalistes dans les Faisceaux révolutionnaires d’action. Mussolini tient sa première réunion commune avec Marinetti à Milan le 31 mars 1915. Lorsque l’Italie entre en guerre aux côtés des pays de l’Entente, les futuristes s’engagent dans un bataillon cycliste, formé sur une idée de Marinetti.

In 1918, celui-ci publie un manifeste qui annonce la création d’un Parti politique, dont le programme inclut des mesures comme la redistribution des terres aux vétérans, une politique corporatiste et l’abolition du Parlement. Le futuriste romain Mario Carli fonde le journal l’Ardito, qu’il dirige avec Marinetti et Settimelli, et qui veut représenter les arditi, troupes de choc qui entendent désormais intervenir dans la vie politique du pays, ainsi que Roma futurista, sous-titré Journal du parti politique futuriste.

En mars 1919, aux côtés de Mussolini, Marinetti participe avec Mario Carli, Filippo Corridoni, Michele Bianchi, Sironi etc. à la création des Faisceaux de combat, où se fondra le Parti futuriste.

En 1920 Marinetti s’éloigna un temps du parti fasciste, mais il retrouva bientôt les chemins du pouvoir (voir Futuristes et aéroguturistes).

* Voir Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche. L’idéologie fasciste en France, 3e éd. ref. et augm., Bruxelles : Éd. Complexe, 2000 (1ère éd. 1983).

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